USA : Demis Hassabis appelle à créer un régulateur mondial de l’IA face à l’arrivée annoncée de l’intelligence artificielle générale
New York – L’intelligence artificielle générale (AGI) pourrait devenir une réalité « dans quelques années ». C’est l’estimation avancée par Demis Hassabis, directeur général de Google DeepMind et prix Nobel, dans un essai publié cette semaine. Face à cette perspective, le chercheur britannique plaide pour la création d’un organisme indépendant chargé d’évaluer les modèles d’intelligence artificielle les plus puissants avant leur mise sur le marché.
À la tête de l’un des principaux laboratoires mondiaux d’intelligence artificielle, Demis Hassabis estime que le développement de l’AGI marque une rupture comparable aux grandes révolutions scientifiques de l’histoire.
Selon lui, l’intelligence artificielle pourrait avoir un impact économique et sociétal d’une ampleur inédite, dépassant même celui de la révolution industrielle.
« Nous avons essentiellement trouvé un moyen de faire penser du sable », écrit-il, en référence aux semi-conducteurs qui constituent les processeurs des systèmes d’intelligence artificielle.
Une technologie qui progresse plus vite que sa gouvernance
Si le dirigeant de Google DeepMind se montre optimiste quant au potentiel de l’IA, il insiste également sur les incertitudes qui entourent les modèles les plus avancés.
« Personne ne sait avec certitude ce qui va se passer », reconnaît-il, soulignant que même les spécialistes divergent sur les capacités futures de ces systèmes.
Selon Demis Hassabis, le principal défi réside dans le décalage croissant entre la rapidité des progrès technologiques et la capacité des institutions à mettre en place des mécanismes de contrôle adaptés.
Cette situation est d’autant plus préoccupante que la compétition entre entreprises et entre États accélère le développement des modèles dits « de frontière », les systèmes d’IA les plus performants actuellement disponibles.
Un organisme indépendant pour évaluer les modèles d’IA
Pour répondre à ces défis, Demis Hassabis propose la création d’une autorité de supervision inspirée de la Financial Industry Regulatory Authority (FINRA), l’organisme américain chargé de la surveillance des marchés financiers.
Cette structure, associant pouvoirs publics et acteurs industriels, aurait pour mission de définir les critères permettant d’identifier les modèles d’intelligence artificielle présentant les risques les plus élevés.
Les laboratoires développant ces modèles seraient invités à les soumettre à une série d’évaluations avant leur déploiement commercial.
Ces tests porteraient notamment sur les risques liés à la cybersécurité, à la manipulation des utilisateurs, aux menaces biologiques ou encore aux capacités des systèmes à contourner leurs propres dispositifs de sécurité.
À terme, cette procédure pourrait devenir une condition préalable à la commercialisation des modèles les plus puissants.
Vers des normes internationales ?
Si sa proposition concerne d’abord les États-Unis, Demis Hassabis estime qu’elle pourrait servir de base à une gouvernance internationale de l’intelligence artificielle.
Le dirigeant de Google DeepMind plaide pour l’élaboration de standards communs applicables à l’ensemble des modèles de frontière, qu’ils soient développés par des entreprises américaines, étrangères, open source ou propriétaires.
Selon lui, la période actuelle constitue une « fenêtre d’opportunité » pour définir des règles capables d’accompagner le développement de l’IA avant que les systèmes les plus avancés ne deviennent largement accessibles.
Pour le chercheur, les décisions prises aujourd’hui pourraient déterminer durablement la manière dont cette technologie sera mise au service des sociétés