USA : New York décrète un moratoire sur les mégacentres de données dédiés à l’IA
L’État de New York devient le premier aux États-Unis à suspendre à grande échelle le développement de nouveaux centres de données de très grande puissance destinés à l’intelligence artificielle. La gouverneure Kathy Hochul a signé un décret instaurant un moratoire d’un an sur les nouveaux projets dépassant 50 mégawatts, dans un contexte de préoccupations croissantes concernant leur impact sur l’environnement et le réseau électrique.
Cette décision marque une étape importante dans le débat sur les infrastructures qui soutiennent le développement de l’intelligence artificielle. Alors que la demande en capacités de calcul explose sous l’effet des modèles d’IA générative, les data centers font l’objet de critiques grandissantes en raison de leur consommation d’électricité, de leur utilisation de l’eau et de leurs émissions de carbone.
Une pause pour évaluer les impacts
Le décret interdit pendant douze mois la délivrance de nouveaux permis pour les centres de données hyperscale dépassant 50 mégawatts de puissance.
Durant cette période, le Département des services publics de l’État devra évaluer leurs conséquences sur le réseau électrique, les ressources en eau et l’environnement, tout en élaborant un nouveau cadre d’autorisation.
L’exécutif new-yorkais envisage également de supprimer certains avantages fiscaux accordés à ces infrastructures et d’imposer aux exploitants une contribution financière destinée à renforcer le réseau électrique.
« La technologie doit améliorer nos vies, et non polluer notre eau, surcharger notre réseau énergétique ou faire grimper nos factures d’électricité », a déclaré la sénatrice démocrate Kristin Gonzalez, à l’origine du projet de loi ayant inspiré cette initiative.
Une décision portée par une mobilisation croissante
Le moratoire intervient quelques semaines après l’adoption par le Parlement de l’État du Responsible Data Center Development Act, une loi bipartisan visant à encadrer plus strictement l’implantation des centres de données.
Soutenue par des élus, des organisations environnementales, des syndicats et plusieurs groupes religieux, cette législation prévoyait initialement un seuil de 20 mégawatts. Le décret signé par Kathy Hochul adopte finalement une approche plus limitée, en ne visant que les installations de plus de 50 mégawatts.
Un mouvement qui s’étend aux États-Unis
L’État de New York n’est pas un cas isolé. Selon plusieurs organisations de suivi, 86 moratoires locaux sont actuellement en vigueur dans 35 États américains, tandis qu’une trentaine d’États comptent au moins une collectivité ayant suspendu ou limité l’implantation de nouveaux centres de données.
Au cours des derniers mois, des propositions similaires ont été examinées en Géorgie, dans le Maryland, le Vermont, l’Oklahoma, la Caroline du Sud ou encore le Dakota du Sud. Dans le Maine, un projet comparable avait été adopté avant d’être finalement bloqué par la gouverneure Janet Mills.
Un débat qui dépasse les clivages politiques
La contestation de l’expansion des infrastructures numériques liées à l’intelligence artificielle rassemble des responsables politiques de sensibilités très diverses.
Le sénateur indépendant Bernie Sanders a proposé en mars un moratoire fédéral sur les mégacentres de données, tandis que la républicaine Nancy Mace, candidate au poste de gouverneure de Caroline du Sud, s’est également prononcée en faveur d’une suspension des nouveaux projets dans son État.
En Floride, le gouverneur républicain Ron DeSantis a, de son côté, renforcé cette année les dispositions destinées à protéger les consommateurs face au développement de l’intelligence artificielle.
Le débat gagne également l’Europe, où plusieurs collectivités s’interrogent sur les conséquences de la multiplication des centres de données en matière de consommation d’énergie, d’utilisation de l’eau et d’aménagement du territoire