INDE : Le gouvernement publie la seconde édition « Digital Threat Report 2025-26 »
New Delhi – Les cybermenaces contre le secteur bancaire et financier changent d’échelle sous l’effet de l’intelligence artificielle. C’est le principal enseignement du Digital Threat Report 2025-26, publié conjointement par le ministère indien de l’Électronique et des Technologies de l’information (MeitY), le CERT-In, le CSIRT-Fin et l’entreprise spécialisée SISA. Le document met en garde contre une accélération sans précédent des attaques et appelle les institutions financières à repenser leur stratégie de cybersécurité.
Le rapport souligne que six des sept scénarios de menaces anticipés dans son édition précédente se sont déjà concrétisés en moins d’un an. Pour ses auteurs, cette évolution traduit une transformation profonde de la menace cyber, désormais portée par des outils d’intelligence artificielle capables d’automatiser des opérations autrefois réservées à des équipes spécialisées.
L’IA modifie l’équilibre entre attaquants et défenseurs
Le document met en avant ce qu’il qualifie d’« asymétrie de l’IA ». Selon ses auteurs, les cybercriminels exploitent désormais les modèles d’intelligence artificielle pour identifier des vulnérabilités, générer des codes malveillants ou encore orchestrer des campagnes de phishing sophistiquées à une vitesse inédite.
Cette automatisation réduit considérablement le coût des attaques tout en augmentant leur fréquence et leur efficacité, créant un déséquilibre croissant entre les capacités offensives et les moyens de défense des organisations.
Le rapport cite notamment plusieurs cas récents illustrant cette évolution. Il évoque la campagne de cyberespionnage GTG-1002, au cours de laquelle une intelligence artificielle aurait exécuté de manière autonome une grande partie des opérations visant plusieurs dizaines d’organisations, dont des institutions financières. Il mentionne également Claude Mythos Preview, un modèle expérimental capable d’identifier de façon autonome des dizaines de milliers de vulnérabilités potentielles dans des projets open source.
Des attaques de plus en plus difficiles à détecter
Au-delà de leur sophistication technique, les auteurs attirent l’attention sur la transformation des modes opératoires des cybercriminels.
Les attaques ne reposent plus uniquement sur des logiciels malveillants facilement identifiables. Elles prennent désormais l’apparence d’activités légitimes : connexions d’utilisateurs autorisés, transactions bancaires validées ou échanges internes authentiques.
Cette évolution rend les intrusions beaucoup plus difficiles à détecter et accroît le risque de compromission des systèmes financiers avant même que les équipes de sécurité n’identifient une anomalie.
Une feuille de route pour renforcer la résilience
Face à cette évolution rapide des menaces, le rapport propose une feuille de route sur dix-huit mois destinée aux banques, compagnies d’assurance et autres institutions financières.
Les auteurs recommandent dans un premier temps de renforcer les contrôles fondamentaux, notamment en généralisant des mécanismes d’authentification résistants au phishing et en améliorant la gestion des identités numériques.
Ils préconisent ensuite le développement de capacités permanentes de détection et de réponse aux incidents, avant d’engager une transformation plus profonde des architectures informatiques autour des principes du Zero Trust, qui consiste à vérifier systématiquement chaque utilisateur, appareil ou application avant d’autoriser un accès aux systèmes.
Le rapport propose également un cadre d’analyse baptisé « Anatomie de la défaillance cyber », destiné à identifier les failles de conception, d’exploitation ou de surveillance qui permettent aux attaquants de compromettre un système.
La cybersécurité appelée à devenir un enjeu stratégique
À l’occasion de la publication du rapport, plusieurs responsables ont insisté sur la nécessité d’intégrer la cybersécurité au plus haut niveau de gouvernance des organisations.
Le secrétaire du ministère indien de l’Électronique et des Technologies de l’information, S. Krishnan, a souligné l’importance de renforcer les coopérations entre pouvoirs publics et secteur privé afin d’améliorer la résilience du système financier.
De son côté, Dharshan Shanthamurthy, directeur général de SISA, estime que la cybersécurité ne peut plus être considérée comme une simple fonction technique, mais doit désormais constituer un élément central de la stratégie des institutions financières.
Selon Nisha Bachani, associée au Boston Consulting Group, la fenêtre d’exploitation des vulnérabilités s’est fortement réduite, passant en moyenne de plus de deux ans à quelques semaines seulement. Une évolution qui oblige les organisations à adopter des mécanismes de protection et de réaction beaucoup plus rapides.
Le Digital Threat Report 2025-26 adresse ainsi un message clair au secteur financier : à l’ère de l’intelligence artificielle, la conformité réglementaire ne suffit plus. La capacité à détecter, anticiper et répondre en continu à des attaques de plus en plus automatisées devient un facteur déterminant de la confiance numérique et de la résilience des institutions.