FRANCE : Un rapport parlementaire propose d’introduire l’IA dès la 6e
L’intelligence artificielle générative pourrait bientôt trouver sa place dès le collège, voire à terme à l’école primaire. Dans un rapport remis le 1er juillet à l’Assemblée nationale, la députée Céline Calvez appelle à adapter le système éducatif à une réalité déjà bien installée : l’utilisation massive des outils d’IA par les élèves.
Fruit de plusieurs mois d’auditions menées dans le cadre d’une mission d’information parlementaire, le rapport estime que l’école ne peut plus adopter une posture uniquement défensive face à l’essor de l’intelligence artificielle. Selon sa rapporteure, la députée Céline Calvez, l’IA constitue un « levier de transformation et de renforcement des apprentissages », à condition que son usage soit strictement encadré et accompagné.
Aujourd’hui, les recommandations du ministère de l’Éducation nationale limitent l’utilisation pédagogique des outils d’IA aux élèves à partir de la classe de 4e. Avant cet âge, les élèves sont uniquement sensibilisés aux enjeux de l’intelligence artificielle sans manipulation directe des outils, tandis qu’une utilisation autonome est autorisée au lycée.
Pour Céline Calvez, ces seuils ne correspondent plus aux pratiques observées. De nombreux élèves de 6e et de 5e utilisent déjà des assistants conversationnels dans leur vie quotidienne, souvent via leur smartphone. La députée souligne également que les fondements scientifiques ayant conduit à fixer ces limites d’âge n’ont jamais été clairement explicités.
Le rapport propose ainsi d’autoriser un usage pédagogique encadré de l’IA dès la classe de 6e et d’ouvrir une réflexion sur son introduction progressive à l’école élémentaire.
Les auteurs mettent en avant plusieurs bénéfices potentiels. L’intelligence artificielle pourrait favoriser un apprentissage plus personnalisé, améliorer le suivi des élèves par les enseignants, faciliter l’accès aux connaissances ou encore renforcer l’inclusion des élèves en situation de handicap, des élèves allophones ou de ceux présentant des besoins éducatifs particuliers.
Le président de la mission d’information, Roger Chudeau , estime lui aussi que l’école doit éviter deux écueils : ignorer une technologie déjà largement présente dans les classes ou, à l’inverse, s’en remettre sans discernement aux solutions proposées par les acteurs privés. Il plaide pour une intégration « lucide, progressive et encadrée », dans laquelle enseignants et élèves demeurent au cœur des apprentissages.
Le rapport souligne néanmoins les nombreuses interrogations soulevées par une utilisation précoce de l’intelligence artificielle. Les parlementaires évoquent notamment le risque d’une diminution de l’engagement cognitif des élèves, une perte de motivation liée à une délégation excessive des tâches intellectuelles, une exposition accrue aux écrans, ainsi que des enjeux de souveraineté numérique et de diffusion de biais culturels associés à la domination des modèles étrangers.
Selon Céline Calvez, l’intelligence artificielle « interroge en profondeur les fondements mêmes du système éducatif ». Elle recommande ainsi de préserver des temps d’apprentissage sans IA, sur le modèle des cours de mathématiques sans calculatrice, afin de garantir l’acquisition des savoirs fondamentaux et de préserver l’autonomie intellectuelle des élèves.
Le rapport s’intéresse également aux conséquences de l’IA sur les méthodes d’évaluation. Dans l’enseignement supérieur notamment, les outils de détection peinent à identifier les contenus générés par intelligence artificielle dans les mémoires ou les travaux universitaires. Parmi les pistes avancées figurent un renforcement des épreuves orales, une hybridation des modes d’évaluation ou encore la création d’une « IAgraphie », permettant aux étudiants de déclarer les usages qu’ils ont faits de l’intelligence artificielle dans leurs travaux.
Les parlementaires insistent enfin sur la nécessité d’accompagner cette évolution par une politique ambitieuse de formation des enseignants, de développement des compétences numériques des élèves et d’investissements dans les équipements. Pour les auteurs, l’intégration de l’intelligence artificielle dans l’éducation ne pourra réussir qu’à condition de réduire les inégalités d’accès aux outils et de former l’ensemble de la communauté éducative à leurs usages comme à leurs limites.