USA : 16 prix Nobel et plusieurs économistes et experts de l’IA alertent sur une révolution économique imminente
Un appel inédit réunit plusieurs économistes, chercheurs en intelligence artificielle et seize prix Nobel autour d’un même constat : l’IA pourrait transformer l’économie mondiale plus rapidement que toutes les révolutions technologiques précédentes. Pour les signataires, le temps est venu d’anticiper cette mutation avant qu’elle ne s’impose.
La communauté scientifique tire une nouvelle fois la sonnette d’alarme. Plusieurs économistes et spécialistes de l’intelligence artificielle, parmi lesquels seize lauréat du prix Nobel, ont signé une déclaration commune exhortant gouvernements, entreprises et institutions à préparer dès aujourd’hui les profondes transformations économiques que l’IA pourrait provoquer au cours de la prochaine décennie.
Intitulée « We Must Act Now » (« Nous devons agir maintenant »), cette initiative a été lancée le 13 juillet 2026 par les économistes Erik Brynjolfsson (Université Stanford), Ajay Agrawal (Université de Toronto), Anton Korinek (Université de Virginie) et Tom Cunningham (METR). En seulement 88 mots, leur manifeste résume l’essentiel : l’intelligence artificielle représente une opportunité historique, mais aussi un risque majeur si les sociétés ne s’y préparent pas.
Une transformation plus rapide que la Révolution industrielle
Pour les auteurs, l’IA pourrait devenir « radicalement plus puissante » dans les dix prochaines années et provoquer « une transformation sans précédent de notre économie, plus importante que la Révolution industrielle, mais sur une période beaucoup plus courte ».
Cette accélération pourrait bouleverser le marché du travail, entraîner d’importants déplacements d’emplois et redistribuer les gains de productivité à une vitesse jamais observée. À l’inverse, elle pourrait aussi ouvrir la voie à une amélioration significative du niveau de vie, à condition que cette transition soit correctement accompagnée.
« La vapeur, l’électricité et les ordinateurs ont laissé aux sociétés des décennies pour s’adapter. L’IA ne nous laissera peut-être que quelques années », prévient Anton Korinek. « Attendre d’avoir des certitudes reviendrait à agir trop tard. »
Un consensus rare entre experts
L’une des principales forces de cette déclaration réside dans la diversité de ses signataires.
Elle rassemble des économistes aux visions parfois opposées sur les effets de l’intelligence artificielle, parmi lesquels Daron Acemoglu, Joseph Stiglitz, Paul Krugman, Michael Spence, Simon Johnson ou encore Ben Bernanke.
Le monde de l’IA est également représenté par des personnalités de premier plan comme Yoshua Bengio, Jack Clark (Anthropic), Eric Schmidt, ancien PDG de Google, ainsi que les économistes en chef d’OpenAI et d’Anthropic.
La présence conjointe de chercheurs réputés prudents, comme Daron Acemoglu, et d’autres plus optimistes, comme Erik Brynjolfsson, témoigne d’un consensus inhabituel : quelles que soient leurs divergences sur l’ampleur des effets de l’IA, tous jugent indispensable d’anticiper ses conséquences économiques.
« Je suis heureux de rejoindre d’autres experts pour appeler à réorienter le développement de l’IA afin que ses bénéfices profitent aux travailleurs et à l’ensemble de la société », souligne Daron Acemoglu.
Préparer les institutions avant la rupture
Le manifeste ne propose pas de programme politique détaillé. Il appelle cependant les responsables publics, les économistes et les entreprises technologiques à bâtir les institutions, les incitations et les garde-fous capables d’orienter le développement de l’IA dans l’intérêt général.
L’objectif n’est pas de freiner l’innovation, mais de faire en sorte que l’intelligence artificielle complète les capacités humaines plutôt que de les remplacer.
« Les capacités de l’IA progressent beaucoup plus rapidement que notre compréhension de leurs conséquences économiques », observe Erik Brynjolfsson. « C’est précisément dans cet écart que se trouvent les plus grandes opportunités — mais aussi les plus grands risques. »
Un appel qui s’inscrit dans un contexte de vigilance internationale
Cette prise de position intervient alors que les institutions internationales multiplient les mises en garde sur les effets de l’intelligence artificielle sur le travail.
Le Fonds monétaire international (FMI) comme l’OCDE estiment que 30 à 40 % des emplois pourraient être affectés par l’IA au cours de la prochaine décennie. Aux États-Unis, la Réserve fédérale a récemment créé un groupe de travail chargé d’évaluer les conséquences de cette révolution technologique sur la productivité et l’emploi.
Pour Yoshua Bengio, la réponse ne peut être laissée aux seules forces du marché.
« Nous devons faire des choix collectifs et démocratiques, plutôt que de laisser l’évolution de l’IA déterminer seule l’avenir économique de nos sociétés », affirme-t-il.
Un débat qui ne fait que commencer
En continuant de recueillir des signatures, les initiateurs de We Must Act Now espèrent transformer cette déclaration en point de départ d’un débat mondial sur la gouvernance économique de l’intelligence artificielle.
Leur message est clair : l’enjeu n’est plus de savoir si l’IA transformera l’économie, mais de déterminer dans quelles conditions cette transformation bénéficiera au plus grand nombre. Selon eux, les décisions prises aujourd’hui façonneront durablement l’avenir du travail, de la croissance et de la répartition des richesses.