UNICEF : L’appel à renforcer d’urgence la protection des enfants
Paris, le 30 juin 2026 – L’intelligence artificielle est en train de devenir un compagnon du quotidien pour des millions d’enfants. Pour faire leurs devoirs, obtenir des explications ou même chercher du réconfort face à des difficultés personnelles, ils sont de plus en plus nombreux à se tourner vers des assistants conversationnels. Face à cette adoption fulgurante, l’UNICEF estime que les mécanismes de protection ne suivent pas et appelle les États à agir rapidement.
À quelques jours du premier Dialogue mondial sur la gouvernance de l’intelligence artificielle, organisé les 6 et 7 juillet à Genève, l’agence des Nations Unies pour l’enfance publie une analyse fondée sur des données recueillies dans dix pays. Celle-ci montre qu’au moins 20 millions d’enfants ont déjà utilisé un outil d’intelligence artificielle, avec un rythme d’adoption plus de trois fois supérieur à celui des adultes.
« Force est de constater que l’IA occupe une place de plus en plus importante dans la vie de chacune et chacun d’entre nous et façonne d’ores et déjà l’enfance partout dans le monde, pour le meilleur et pour le pire », souligne l’UNICEF.
Une nouvelle génération d’utilisateurs
L’étude confirme que l’intelligence artificielle est désormais largement intégrée aux usages quotidiens des plus jeunes. Environ 13 millions d’enfants déclarent utiliser ces outils pour apprendre ou réaliser leurs devoirs. Plus de deux millions, soit près d’un enfant sur dix parmi les répondants, affirment également solliciter une IA lorsqu’ils sont confrontés à un problème personnel ou à une inquiétude.
Pour l’UNICEF, cette évolution marque un changement profond : l’intelligence artificielle ne constitue plus seulement un outil d’information, mais tend progressivement à devenir un interlocuteur capable d’apporter des explications, des conseils et parfois un soutien émotionnel.
Une expérimentation à grande échelle
Si les bénéfices potentiels de l’IA en matière d’éducation, de créativité ou d’accès à l’information sont réels, l’agence met en garde contre le manque de connaissances scientifiques concernant ses effets à long terme sur le développement des enfants.
« Toute une génération est en train de grandir dans le cadre d’une expérimentation à grande échelle », résume l’organisation.
Selon l’UNICEF, les conséquences de ces technologies sur le développement cognitif, les relations sociales ou encore la santé mentale demeurent largement inconnues, alors même que leur utilisation se généralise rapidement.
L’agence souligne également que les enfants disposent de très peu de moyens pour comprendre le fonctionnement des systèmes qu’ils utilisent, qu’il s’agisse des algorithmes, de l’exploitation de leurs données personnelles ou des modèles économiques des plateformes.
Des risques déjà perçus par les jeunes
L’étude montre que les enfants eux-mêmes identifient plusieurs dangers liés à l’intelligence artificielle.
Dans les dix pays étudiés, un tiers des jeunes interrogés craignent que l’IA facilite les escroqueries ou la diffusion de fausses informations. Un quart redoutent que leurs photographies ou leurs vidéos soient utilisées pour produire des contenus manipulés, notamment des deepfakes à caractère sexuel.
Pour l’UNICEF, ces préoccupations illustrent un décalage grandissant entre la vitesse de diffusion de l’IA et le niveau encore insuffisant des protections mises en place.
Placer les droits de l’enfant au cœur de la gouvernance de l’IA
À l’approche des discussions internationales sur la gouvernance de l’intelligence artificielle, l’agence demande aux gouvernements, aux entreprises technologiques et aux organisations internationales d’intégrer pleinement les droits de l’enfant dans les futures réglementations.
Elle recommande notamment :
- d’investir davantage dans la recherche sur les effets de l’IA sur le développement des enfants ;
- de renforcer les législations contre les violences et l’exploitation sexuelles facilitées par l’intelligence artificielle ;
- d’imposer des normes élevées de sécurité, de transparence et de protection des données aux systèmes d’IA ;
- de développer l’éducation au numérique et à l’intelligence artificielle dès le plus jeune âge ;
- d’investir dans les infrastructures afin d’éviter qu’une nouvelle fracture liée à l’IA ne se creuse entre les pays et au sein des sociétés.
Pour l’UNICEF, les décisions prises aujourd’hui auront des conséquences durables.
« Il s’agit d’un moment décisif », conclut l’agence. « Les choix que nous faisons aujourd’hui en matière d’IA auront une incidence sur la sécurité, la vie privée et le bien-être des enfants ainsi que sur leur égalité d’accès aux opportunités pendant les décennies à venir. »