CANADA : Le gouvernement fait de la gouvernance mondiale de l’IA une priorité diplomatique aux Nations unies
Le Canada entend jouer un rôle moteur dans la gouvernance internationale de l’intelligence artificielle. Son ambassadeur auprès des Nations unies, David Lametti, estime que l’ONU est aujourd’hui la seule enceinte capable de réunir sur un pied d’égalité les grandes puissances technologiques, les États et les entreprises afin d’élaborer des règles communes pour encadrer le développement de l’IA.
Dans un entretien accordé à La Presse canadienne, l’ancien ministre fédéral de la Justice affirme que la gouvernance de l’intelligence artificielle constitue désormais une priorité majeure de la diplomatie canadienne.
« La gouvernance de l’IA est une mission qui incombe à l’ONU – c’est une responsabilité qui lui revient », a déclaré David Lametti.
Selon lui, l’organisation internationale reste l’unique forum où peuvent dialoguer les gouvernements et les principaux acteurs du numérique, parmi lesquels Meta, Amazon Web Services, Microsoft, Apple et Google, tout en garantissant une représentation équitable des quelque 190 États membres.
Éviter une nouvelle fracture technologique
L’ambassadeur estime qu’un consensus émerge progressivement autour de la nécessité de développer une intelligence artificielle sûre, tout en répondant aux préoccupations des pays en développement.
De nombreux États, notamment en Asie, craignent d’être relégués au rang de simples consommateurs de technologies développées ailleurs.
« Tous ces pays du monde ne veulent pas se contenter d’être de simples consommateurs de technologies. Ils veulent avoir leur mot à dire dans leur adoption. L’ONU reste le seul lieu où ils peuvent le faire », souligne-t-il.
La question figurait déjà parmi les principaux sujets abordés lors du sommet du G7, où les grandes économies ont poursuivi leurs discussions sur l’encadrement des technologies d’intelligence artificielle, avec pour objectif de concilier innovation, sécurité et croissance économique.
Une priorité personnelle pour David Lametti
Juriste de formation et professeur de droit à l’Université McGill avant son entrée en politique, David Lametti travaille sur les questions liées à l’intelligence artificielle depuis plus d’une décennie.
Il estime que cette expertise constitue un atout pour porter les positions canadiennes au sein des Nations unies.
« Je pense disposer d’une expérience particulière dans ce domaine qui sera utile, tant pour le Canada que pour le monde entier. J’en fais donc clairement une priorité personnelle », affirme-t-il.
Selon lui, la sécurité des systèmes d’IA et leur développement responsable doivent être abordés conjointement.
Le Canada engagé dans les discussions internationales
David Lametti participera en juillet au sommet mondial AI for Good, organisé à Genève sous l’égide des Nations unies.
Quelques semaines auparavant, la mission canadienne auprès de l’ONU avait accueilli le président du Rapport international sur la sécurité de l’IA, consacré aux risques liés aux systèmes les plus avancés. Ce rapport identifie notamment des menaces telles que les cyberattaques, la manipulation de l’information, le chantage, les activités criminelles ou encore le développement potentiel d’armes biologiques ou chimiques facilité par l’IA.
Le Canada poursuit également ses initiatives en faveur d’une intelligence artificielle inclusive. En juin, Ottawa a coorganisé avec le Brésil une table ronde consacrée aux opportunités offertes par l’IA pour les personnes en situation de handicap, les peuples autochtones et les femmes, tout en mettant en garde contre le risque d’un renforcement des inégalités si ces technologies ne sont pas développées de manière responsable.
Une nouvelle orientation diplomatique
Nommé ambassadeur du Canada auprès des Nations unies par le Premier ministre Mark Carney, David Lametti succède à Bob Rae, tout en conservant plusieurs priorités diplomatiques de son prédécesseur, notamment le soutien au développement économique et à la transition démocratique en Haïti.
Il entend toutefois accorder une place centrale à la gouvernance mondiale de l’intelligence artificielle, convaincu que les décisions prises aujourd’hui détermineront durablement la manière dont cette technologie sera développée, utilisée et partagée à l’échelle internationale.