CHINE : L’ONU appelle à une gouvernance mondiale de l’IA pour éviter une nouvelle fracture technologique
Shanghai – À qui reviendra le pouvoir de fixer les règles de l’intelligence artificielle ? Aux quelques États et entreprises qui dominent aujourd’hui cette technologie, ou à l’ensemble de la communauté internationale ? Devant les participants de la Conférence mondiale sur l’intelligence artificielle (WAIC), à Shanghai, le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a plaidé pour une gouvernance mondiale de l’IA afin d’éviter que cette révolution technologique n’accentue les inégalités entre les nations.
Aux côtés du président chinois Xi Jinping, le chef des Nations unies a rappelé que l’intelligence artificielle est appelée à transformer durablement les sociétés. «Une technologie qui façonnera l’avenir de l’humanité doit être façonnée par l’humanité tout entière », a-t-il déclaré, estimant que « la gouvernance de l’IA ne peut être entre les mains d’une poignée de pays ou d’entreprises ».
Une concentration des capacités qui inquiète l’ONU
Pour António Guterres, le développement actuel de l’IA repose sur une concentration sans précédent des ressources stratégiques. Les infrastructures de calcul, les semi-conducteurs de pointe, les investissements et les compétences restent largement contrôlés par un nombre limité de pays et de groupes technologiques.
Cette situation risque, selon lui, de creuser davantage les écarts entre le Nord et le Sud. Le secrétaire général a rappelé qu’un tiers de la population mondiale ne dispose toujours pas d’un accès à Internet, tandis que la puissance de calcul nécessaire pour entraîner les modèles d’IA les plus avancés demeure inaccessible à la majorité des États. « Si ces disparités ne sont pas corrigées, l’intelligence artificielle pourrait conduire à davantage d’inégalités, à des écarts plus importants en matière de revenus, d’opportunités et de sécurité », a-t-il averti.
L’ONU veut peser dans la gouvernance de l’IA
Face à cette concentration des capacités technologiques, les Nations unies cherchent à s’imposer comme un acteur central de la gouvernance internationale de l’IA.
Depuis l’adoption du Pacte numérique mondial, l’organisation a multiplié les initiatives : création d’un groupe scientifique indépendant consacré à l’intelligence artificielle, organisation d’un premier Dialogue mondial sur la gouvernance de l’IA à Genève et préparation de nouveaux mécanismes destinés à renforcer la coopération entre les États.
António Guterres a également annoncé qu’il présenterait prochainement des propositions pour la création d’un fonds mondial pour l’intelligence artificielle, destiné à soutenir les pays les moins avancés. Plus d’une vingtaine d’États, dont la Chine, ont déjà proposé d’accueillir des centres de compétences appelés à intégrer un futur réseau international de renforcement des capacités placé sous l’égide des Nations unies.
Une IA au service du développement, sous conditions
Le secrétaire général n’a pas remis en cause le potentiel de l’intelligence artificielle. Selon lui, cette technologie peut accélérer les découvertes médicales, améliorer la sécurité alimentaire, transformer les systèmes éducatifs et contribuer à la réalisation des Objectifs de développement durable.
Mais ces bénéfices supposent, a-t-il insisté, un cadre de gouvernance solide. Parmi les priorités évoquées figurent l’élaboration de normes internationales de sécurité, la protection des droits fondamentaux et le maintien d’un contrôle humain sur les décisions les plus sensibles. « Les droits humains doivent être protégés », a-t-il affirmé. « Les êtres humains doivent conserver le contrôle de toute décision impliquant la vie ou la mort. »
Le chef de l’ONU a également appelé à une vigilance particulière concernant les enfants, estimant qu’aucun système d’intelligence artificielle ne devrait être mis à leur disposition tant que sa sécurité n’aura pas été démontrée.
Le défi environnemental des centres de données
António Guterres a enfin attiré l’attention sur un enjeu encore peu pris en compte dans les débats internationaux : l’empreinte environnementale de l’intelligence artificielle.
L’explosion des besoins en puissance de calcul entraîne une hausse rapide de la consommation d’électricité et d’eau des centres de données. Le secrétaire général a invité les entreprises du secteur à publier l’empreinte carbone de leurs modèles et à alimenter leurs infrastructures exclusivement avec des énergies renouvelables d’ici à 2030.
Au-delà des questions techniques, António Guterres voit dans l’intelligence artificielle un véritable test pour la gouvernance mondiale.
« La question décisive est de savoir si cette transformation réduira les inégalités ou les renforcera », a-t-il conclu. « Si elle concentrera davantage le pouvoir ou si elle élargira les possibilités offertes au plus grand nombre. »