INDONÉSIE : l’IA au service des politiques publiques, avec une attention croissante aux risques
L’Indonésie s’apprête à franchir une nouvelle étape dans sa stratégie numérique. Selon un projet de décret présidentiel consulté par Reuters, le gouvernement prévoit d’intégrer l’intelligence artificielle dans plusieurs programmes publics majeurs, dont son vaste programme national de repas gratuits estimé à 15 milliards de dollars.Cette feuille de route, qui couvre la période 2026-2029, vise à accélérer l’adoption de l’IA au sein des administrations et des collectivités locales afin de soutenir la croissance économique et d’améliorer l’efficacité des services publics.
Dans le cadre du programme de repas gratuits porté par le président Prabowo Subianto, l’intelligence artificielle pourrait être utilisée pour élaborer des menus adaptés aux réalités nutritionnelles locales, anticiper les besoins alimentaires, surveiller les conditions sanitaires des cuisines et détecter d’éventuelles anomalies dans la chaîne d’approvisionnement.
Le gouvernement prévoit également de mobiliser l’IA dans le secteur de la santé, notamment pour analyser les résultats des campagnes de dépistage de la tuberculose et renforcer les dispositifs d’alerte précoce.
L’objectif affiché est double : améliorer la qualité des services publics tout en réduisant certains coûts opérationnels grâce à l’automatisation et à l’analyse des données.
Une ambition économique et technologique
Le projet estime que l’intelligence artificielle pourrait contribuer à une hausse de 12 % du produit intérieur brut indonésien d’ici 2030, soit environ 366 milliards de dollars de valeur ajoutée.
Pour soutenir cette ambition, Jakarta envisage également la création d’un fonds souverain dédié à l’IA, des incitations fiscales pour la recherche et le développement ainsi que des programmes destinés à renforcer les compétences numériques de la population.
L’IA responsable au cœur du projet
Au-delà des bénéfices économiques, le texte prévoit également un cadre de gestion des risques liés à l’intelligence artificielle. Les organismes publics seraient tenus d’identifier et de signaler les risques associés aux technologies d’IA, notamment les usages abusifs de données biométriques, les atteintes à la propriété intellectuelle ou encore la diffusion de contenus trompeurs générés artificiellement.
Cette dimension marque une évolution importante dans l’approche indonésienne: l’adoption de l’IA ne serait plus uniquement pensée comme un levier de modernisation, mais aussi comme un enjeu de confiance et de protection des citoyens.
Entre innovation et dépendance technologique
Plusieurs experts locaux soulignent toutefois que l’Indonésie demeure confrontée à d’importants défis. Le pays manque encore d’infrastructures stratégiques, de capacités de calcul avancées et de talents spécialisés pour développer ses propres technologies d’IA.
Pour certains observateurs, l’enjeu sera donc de transformer cette stratégie en capacités nationales réelles afin d’éviter que l’Indonésie ne devienne uniquement consommatrice de solutions développées à l’étranger.
Le projet illustre néanmoins une tendance mondiale de plus en plus marquée : les gouvernements cherchent désormais à mobiliser l’intelligence artificielle pour améliorer les politiques publiques, tout en mettant en place des mécanismes destinés à garantir un usage responsable, transparent et bénéfique pour les citoyens.