Le pasteur face à l’IA : de l’expert au compagnon de route
août 19, 2025 | by nowerlonono@gmail.com
L’article rédigé, tout en se penchant sur l’évolution du prêtre face à l’IA, soulève en fait des questions juridiques très actuelles. Le passage d’un prêtre « expert » à un prêtre « compagnon » reflète une mutation cruciale, non seulement pastorale, mais aussi juridique : celle qui passe d’un statut d’autorité du savoir à une responsabilité professionnelle fondée sur le devoir de diligence.
De l’expertise au devoir de diligence
Le droit s’intéresse avant tout à la capacité de l’individu, et en particulier à la responsabilité qui découle de ses actes et de ses conseils. Le modèle du « prêtre-bibliothèque » que vous décrivez reposait sur un accès privilégié à la connaissance. Cette autorité, bien que d’ordre moral et canonique, était une réalité de fait. Or, l’IA démocratise l’accès à l’information, rendant cette ancienne forme d’autorité obsolète.
Cela n’est pas une défaite, mais un recentrage du rôle du prêtre sur sa responsabilité professionnelle. Le prêtre ne se contente plus de détenir l’information ; il est un fiduciant, c’est-à-dire un guide en qui les fidèles placent leur confiance. Son autorité n’est plus liée à sa seule connaissance (une IA pourrait le surpasser), mais à son devoir de jugement, d’application et de prudence dans les cas complexes. La « légitimité » dont vous parlez se déplace donc du savoir vers l’exercice d’une mission qui engage la personne physique du prêtre, un être humain qui, en tant que tel, a des devoirs légaux et canoniques.
L’accompagnement, une obligation de prudence
L’article souligne l’importance d’écouter, de discerner et de témoigner. Sur le plan juridique, ces trois actions se traduisent par une obligation de diligence. Le droit exige de tout professionnel qu’il agisse avec prudence, compétence et diligence dans l’exercice de sa fonction.
Le discernement, plus qu’un simple renseignement : Si un prêtre utilise une IA pour obtenir une information sur une question morale, sa responsabilité reste entière. Il ne peut se contenter de retransmettre la réponse d’une machine. La loi, tout comme la théologie, exige un jugement humain. Le prêtre a le devoir de mettre l’information en perspective avec la situation unique de la personne qui le consulte. S’il transmet une réponse erronée ou inappropriée causée par une « hallucination » de l’IA, sa responsabilité professionnelle pourrait être engagée.
Une responsabilité qui ne se délègue pas : L’IA est un outil, mais elle n’est pas une personne. Elle n’a ni conscience, ni responsabilité. Le prêtre ne peut en aucun cas se décharger de son propre jugement. C’est lui qui, en tant que personne ordonnée, assume la responsabilité morale, spirituelle et, potentiellement, juridique de ses conseils. L’IA, en tant qu’instrument, ne partage en rien cette responsabilité.
Le témoignage : la capacité de l’être humain
L’article conclut en insistant sur la nécessité d’être plus « pleinement humain ». D’un point de vue juridique, cela renvoie à la distinction fondamentale entre la personne physique et toute autre entité, y compris les personnes morales ou les IA. Seule la personne physique est capable de volonté, de conscience et d’une responsabilité pleine et entière pour ses actes. C’est cette capacité qui est au cœur du droit.
En somme, la transformation du sacerdoce que vous décrivez est un rappel que l’IA, en tant qu’outil, ne pourra jamais endosser les responsabilités légales et morales qui incombent à un être humain. Le rôle du prêtre, tout comme celui du médecin ou de l’avocat, est indissociable de sa propre personne. Sa mission de « compagnon de route » est, juridiquement parlant, l’expression d’un devoir de diligence qui ne peut être ni automatisé ni délégué à une machine.
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