La protection des données et le droit à la vie privée

août 19, 2025 | by nowerlonono@gmail.com

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L’arrivée d’assistants numériques dans le monde de la foi soulève un problème inédit et capital : celui de la protection des données et du respect de la vie privée. Lorsqu’un fidèle se confie à une IA pour aborder des questions intimes, une nouvelle forme d’intimité numérique se dessine. Cette situation met en tension la législation sur la protection des données et le principe théologique de la confidentialité. La question centrale est donc de savoir comment la loi, et la doctrine de l’Église, peuvent collaborer pour protéger l’intimité de la conscience face à une machine.

La protection juridique des données : entre texte de loi et réalité

Du point de vue du droit, les informations personnelles partagées avec une IA « catholique » tombent sous le coup de la réglementation sur les données. En Europe, le RGPD s’applique, et ces données, qui concernent les opinions religieuses, sont considérées comme des données sensibles. Leur traitement est donc soumis à des règles très strictes, notamment l’obtention d’un consentement explicite de la personne et la mise en œuvre de mesures de sécurité renforcées.

Cependant, il existe un décalage entre la théorie légale et la pratique. Des juristes comme Paul de Hert, spécialiste du droit européen sur les données, soulignent que le consentement de l’utilisateur n’est pas toujours pleinement éclairé. Les gens ne mesurent pas toujours que leurs confidences, une fois sur un serveur, peuvent être analysées, stockées ou utilisées pour améliorer l’algorithme. De plus, il n’existe aucune garantie légale de « secret professionnel » pour un logiciel, comme il en existe pour un avocat, un médecin, ou un prêtre.

Le secret de la conscience : un rempart théologique

La doctrine catholique offre un niveau de protection de l’intimité bien supérieur au droit séculier. Le sceau de la confession est une loi divine qui garantit l’inviolabilité du « for interne sacramentel ». Un prêtre est tenu au silence absolu sur ce qu’il entend en confession, sous peine d’être excommunié. La direction spirituelle et les autres discussions relevant du « for interne extra-sacramentel » sont aussi protégées par un devoir de confidentialité. Le Catéchisme de l’Église Catholique (CEC) et le Code de Droit Canonique (CIC) insistent sur l’inviolabilité de ce secret, qui préserve la personne dans sa relation la plus intime avec Dieu.

C’est là que réside le véritable danger théologique de l’IA. Par essence, une IA ne peut pas respecter un tel secret. Son fonctionnement repose sur la collecte et l’analyse de données. Même si les développeurs jurent de protéger la confidentialité, il y a une différence abyssale entre la sacralité d’un secret divin et une simple promesse technique. L’IA, n’ayant pas de conscience, ne peut pas comprendre les concepts de secret ou de sacralité. Le risque est qu’elle viole l’intimité de la conscience et réduise l’âme à une série de données, une perspective que des théologiens comme Jean-Luc Marion ont dénoncée comme une réduction de la personne à l’utilitaire.

Le devoir de prudence et de clarté

En conclusion, les IA « catholiques » révèlent une profonde tension entre le droit et la doctrine de l’Église. Le droit tente de protéger l’intimité des individus par des règles, mais l’IA, par sa nature même, représente une menace pour cette protection. C’est à l’Église de prendre ses responsabilités.

Sur le plan pastoral : Il est impératif que les prêtres et les guides spirituels informent les fidèles des risques liés à ces outils. Il faut clairement affirmer qu’une discussion avec une IA n’est pas une direction spirituelle et ne bénéficie d’aucune garantie de confidentialité, qu’elle soit légale ou canonique.

Sur le plan éthique et juridique : L’Église devrait exiger une transparence totale de la part des entreprises qui développent ces IA. Elle ne devrait jamais approuver un outil qui ne peut pas offrir les mêmes garanties de confidentialité qu’un ministre humain.

La protection de la vie privée et de la conscience n’est pas un détail, c’est le socle de la dignité de la personne. L’IA peut être un formidable outil de connaissance, mais elle ne doit pas se transformer en un confesseur numérique, car elle ne pourra jamais offrir la sécurité et la grâce d’une rencontre humaine avec Dieu.

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